Avant de lire cette page,
un mot.
Ce que tu vas lire ici, c'est mon expérience personnelle et mes lectures. Je ne suis pas médecin. Je ne suis pas pharmacien. Je ne suis pas chercheur. Je suis une personne diagnostiquée TDAH qui a pris des médicaments pendant quatre mois et qui a passé beaucoup de temps à lire la littérature scientifique sur le sujet.
Parle à ton médecin. Pas parce que je dois le dire. Mais parce qu'il te connaît et moi non. Ta physiologie, tes antécédents, tes autres traitements, je n'en sais rien. Ce que j'écris ici peut t'aider à poser les bonnes questions lors d'un rendez-vous. Ça ne peut pas remplacer ce rendez-vous.
Comment j'ai vécu la Ritaline ?
Après le diagnostic, mon psychiatre m'a prescrit du méthylphénidate à libération immédiate. Ritaline 10mg, trois fois par jour. La dose de départ classique.
Les premières semaines
L'effet a été immédiat et spectaculaire. Pour la première fois de ma vie, je pouvais démarrer une tâche sans lutte intérieure. Mon cerveau se posait. Les pensées cessaient de partir dans toutes les directions. Je me suis assis à mon bureau et j'ai travaillé quatre heures d'affilée. Ça ne m'était jamais arrivé.
Le mois suivant
L'efficacité était toujours là. Mais j'ai commencé à remarquer autre chose. Je ne riais plus de la même manière. Les blagues de mes amis me semblaient plates. Ma créativité, cette capacité à faire des liens imprévus entre les idées, elle avait diminué. J'étais plus linéaire. Plus productif. Moins moi.
L'appétit
Le méthylphénidate coupe la faim. Concrètement, j'oubliais de manger jusqu'à 16h. Quand l'effet se dissipait en fin de journée, la faim revenait d'un coup et je mangeais trop, trop vite. J'ai perdu quatre kilos en deux mois sans le vouloir.
Le crash
Quand le médicament se dissipait, vers 18h-19h, l'effet rebond était brutal. Plus fatigué, plus irritable, plus distrait qu'avant la prise. Mon psychiatre a proposé de passer à une forme à libération prolongée. J'ai préféré arrêter.
La décision d'arrêter
Au bout de quatre mois, j'ai arrêté. Pas parce que ça ne marchait pas. Ça marchait. Mais le coût était trop élevé pour moi. Je perdais quelque chose que je n'arrivais pas bien à nommer. Mon médecin a compris. Il m'a dit que c'était mon choix et que la porte restait ouverte.
Que dit la recherche ?
Les stimulants (méthylphénidate et amphétamines) sont le traitement le plus étudié du TDAH. Les données sont solides. Stephen Faraone, un des chercheurs les plus prolifiques sur le sujet, a publié une méta-analyse en 2015 qui montre une efficacité significative chez environ 70% des adultes TDAH. C'est un chiffre élevé pour un traitement psychiatrique.
Russell Barkley va plus loin. Il considère que le TDAH non traité a des conséquences mesurables sur l'espérance de vie, les accidents de voiture, les addictions, les difficultés relationnelles. Pour lui, ne pas proposer un traitement médicamenteux quand il est indiqué, c'est une faute.
Je respecte cette position. Et en même temps, je pense que chaque personne a le droit de choisir ce qu'elle met dans son corps en connaissance de cause.
Les bénéfices documentés
Amélioration de la concentration et de la mémoire de travail. Réduction de l'impulsivité. Meilleure gestion du temps. Réduction des accidents et des comportements à risque. Ces effets sont reproductibles et mesurables.
Les risques documentés
Perte d'appétit, insomnie, augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, anxiété, irritabilité (surtout au moment du crash), et pour certaines personnes, un aplatissement émotionnel similaire à ce que j'ai vécu. Les effets à long terme sont moins bien étudiés, même si les données existantes sont rassurantes.
Le risque d'addiction
C'est la question que tout le monde pose. Les données sont claires là-dessus : pris à dose thérapeutique sous supervision médicale, le méthylphénidate ne crée pas d'addiction. Faraone a montré que le traitement du TDAH réduit le risque d'addiction aux substances, il ne l'augmente pas. Le cerveau TDAH non traité cherche de la dopamine partout. Le médicament réduit ce besoin.
Quelles molécules sont disponibles en France ?
En France, les options sont plus limitées que dans d'autres pays.
Méthylphénidate
C'est le traitement de première intention. Ritaline (libération immédiate), Ritaline LP, Concerta LP, Quasym LP, Medikinet (libération prolongée). La différence entre ces marques, c'est principalement le profil de libération : combien de temps l'effet dure et comment il monte et descend. Ton médecin t'aidera à trouver la forme qui convient à ton rythme de vie.
Atomoxétine (Strattera)
Un non-stimulant. Il agit sur la noradrénaline plutôt que la dopamine. L'effet est plus progressif (plusieurs semaines avant de sentir quelque chose). C'est souvent proposé quand les stimulants ne conviennent pas ou quand il y a des contre-indications. Moins d'études que le méthylphénidate, mais des résultats réels.
Ce qui n'est pas disponible en France
Les amphétamines (Adderall, Vyvanse) ne sont pas commercialisées en France. Certains psychiatres font des demandes d'ATU (autorisation temporaire d'utilisation) pour des cas spécifiques. C'est rare et compliqué.
Et après les médicaments ?
Après la Ritaline, j'ai cherché des alternatives. Pas pour remplacer un médicament par un autre médicament sans ordonnance. Mais pour voir si certains compléments ou changements de mode de vie pouvaient m'aider à gérer les symptômes qui me gênaient le plus au quotidien.
C'est ce qui m'a amené vers les nootropiques. Je ne prétends pas que c'est équivalent. La recherche ne le dit pas, et mon expérience non plus. Mais pour moi, c'est un compromis qui me convient mieux pour le moment.
Si les médicaments marchent pour toi, c'est bien. Si tu les essaies et que tu arrêtes, c'est bien aussi. Si tu ne veux pas en prendre, c'est ton droit. Il n'y a pas de bonne réponse universelle. Il y a ta réponse.
Références
- Faraone, S. V. & Glatt, S. J. (2010). A comparison of the efficacy of medications for adult attention-deficit/hyperactivity disorder using meta-analysis of effect sizes. The Journal of Clinical Psychiatry, 71(6), 754-763. PubMed
- Cortese, S. et al. (2018). Comparative efficacy and tolerability of medications for attention-deficit hyperactivity disorder in children, adolescents, and adults: a systematic review and network meta-analysis. The Lancet Psychiatry, 5(9), 727-738. PubMed
- Barkley, R. A. (2015). Taking Charge of Adult ADHD (2nd ed.). Guilford Press.
- Faraone, S. V. et al. (2015). Attention-deficit/hyperactivity disorder. Nature Reviews Disease Primers, 1, 15020. PubMed
- Wilens, T. E. et al. (2003). Does stimulant therapy of attention-deficit/hyperactivity disorder beget later substance abuse? A meta-analytic review of the literature. Pediatrics, 111(1), 179-185. PubMed