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Comprendre · Hypersensibilité

Le bruit du néon dans la cuisine
me rendait fou.

Par Alex Diagnostiqué TDAH adulte Mis à jour avril 2026

J'avais neuf ou dix ans. Le néon de la cuisine faisait un bourdonnement que personne d'autre ne semblait entendre. Ma mère disait que j'inventais. Mon père ne comprenait pas pourquoi je refusais de manger dans cette pièce. Je ne savais pas l'expliquer. Le son me faisait mal. Pas dans les oreilles. Partout.

Vingt ans plus tard, je sais que ce n'était pas de l'invention. C'était de l'hypersensibilité sensorielle. Mon cerveau capte plus d'informations que la moyenne et, surtout, il ne filtre pas. Ce qui arrive aux autres en bruit de fond, moi, je le reçois en plein volume.


C'est quoi l'hypersensibilité ?

L'hypersensibilité n'est pas un diagnostic, c'est un trait de fonctionnement qui concerne 15 à 20% de la population. La psychologue Elaine Aron parle de Highly Sensitive Person (HSP). Elle se manifeste sur trois plans : sensoriel (bruits, lumières, textures), émotionnel (les émotions des autres deviennent les tiennes) et cognitif (traitement plus profond de chaque information).

L'hypersensibilité n'est pas un diagnostic au sens médical du terme. C'est un trait, un fonctionnement. Elaine Aron, la psychologue américaine qui a le plus travaillé dessus, parle de "Highly Sensitive Person" (HSP). Environ 15 à 20% de la population serait concernée.

Ça se manifeste sur plusieurs plans. Sensoriel : les bruits, les lumières, les textures, les odeurs arrivent avec une intensité que les autres ne perçoivent pas. Émotionnel : tu ressens les émotions des autres comme si c'étaient les tiennes. Un film triste ne te rend pas juste triste, il te dévaste. Cognitif : tu traites plus d'informations en même temps, ce qui peut être une force mais aussi une source d'épuisement.

L'hypersensibilité n'est pas une faiblesse. Mais dans un monde conçu pour les cerveaux qui filtrent normalement, ça peut vite devenir épuisant.


Quel est le lien avec le TDAH et le HPI ?

Beaucoup de personnes TDAH sont aussi hypersensibles. Beaucoup de personnes HPI aussi. Et quand tu cumules les deux ou les trois, ça crée un cocktail particulier que personne ne t'explique.

Le TDAH rend le filtrage sensoriel encore plus difficile. Ton cerveau est déjà en surcharge attentionnelle permanente. Si en plus chaque stimulus arrive à plein volume, la saturation arrive vite. C'est pour ça que beaucoup de TDAH hypersensibles ont besoin de se retirer régulièrement. Pas par antisocialité. Par survie.

Le HPI ajoute une couche de traitement en profondeur. Tu ne reçois pas juste le stimulus plus fort. Tu l'analyses aussi plus en détail. Un regard bizarre de quelqu'un dans la rue, un neurotypique l'oublie en deux secondes. Toi, tu passes vingt minutes à te demander ce que ça voulait dire.

Le problème, c'est que ces trois choses se masquent mutuellement lors du diagnostic. Le HPI compense le TDAH, le TDAH fait passer l'hypersensibilité pour de l'impulsivité émotionnelle, et l'hypersensibilité fait passer le TDAH pour de l'anxiété. Beaucoup de gens sont diagnostiqués anxieux ou dépressifs alors que le vrai sujet est neurologique.


Comment vivre avec au quotidien ?

Je ne vais pas faire de liste de "10 astuces pour gérer ton hypersensibilité". Ça n'existe pas. Ce qui existe, c'est un apprentissage progressif de ses propres limites.

L'environnement

J'ai appris à aménager mon espace. Des écouteurs à réduction de bruit. Pas de néons chez moi, que des lampes à lumière chaude. Des vêtements dans des matières que je supporte (le polyester, c'est fini). Ça a l'air ridicule dit comme ça. Pour moi, ça a changé mon quotidien.

Le temps de récupération

Après une journée sociale intense ou un open space bruyant, j'ai besoin de silence. Pas dix minutes. Parfois des heures. J'ai arrêté de culpabiliser pour ça. Mon cerveau a besoin de décharger ce qu'il a absorbé.

Les départs anticipés

Je pars souvent des soirées plus tôt que les autres. Je refuse des invitations quand je sais que je suis déjà saturé. Avant, je forçais. Je finissais épuisé, irritable, parfois en larmes sans savoir pourquoi. Maintenant, je choisis.

Le corps

L'hypersensibilité, ce n'est pas que mental. C'est physique. La fatigue arrive plus vite. Les maux de tête aussi. Le sommeil est souvent perturbé parce que le cerveau met du temps à descendre en régime. J'ai mis longtemps à faire le lien entre mes "coups de fatigue" et la surcharge sensorielle.


Que peuvent comprendre les proches ?

Si tu lis cette page parce que quelqu'un dans ta vie est hypersensible, voici ce que j'aurais voulu que mes proches sachent.

Ce n'est pas du caprice. Quand je dis que le bruit me gêne, ce n'est pas que je suis difficile. C'est que mon cerveau reçoit cette information à un volume que tu ne perçois pas. Me dire "c'est pas si fort" ne m'aide pas. C'est l'équivalent de dire à quelqu'un qui a mal "ça fait pas si mal".

Les réactions émotionnelles intenses ne sont pas du théâtre. Quand je réagis fortement à quelque chose qui te semble anodin, ce n'est pas pour attirer l'attention. C'est que l'émotion arrive sans filtre. Je ne peux pas "juste me calmer". Mon cerveau a besoin de temps pour traiter.

Le besoin de solitude n'est pas un rejet. Quand je m'isole après un moment ensemble, ce n'est pas que tu m'as ennuyé ou que quelque chose ne va pas. C'est que mon cerveau est plein. Il a besoin de vide pour fonctionner à nouveau.

Le meilleur soutien, c'est de ne pas remettre en question ce que la personne ressent. Tu n'as pas besoin de comprendre comment ça fonctionne. Juste d'accepter que c'est réel.


Références

  1. Aron, E. N., & Aron, A. (1997). Sensory-processing sensitivity and its relation to introversion and emotionality. Journal of Personality and Social Psychology, 73(2), 345-368. PubMed
  2. Greven, C. U., Lionetti, F., Booth, C., et al. (2019). Sensory Processing Sensitivity in the context of Environmental Sensitivity: a critical review and development of research agenda. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 98, 287-305. PubMed
  3. Aron, E. N. (2010). The Highly Sensitive Person. Broadway Books.
  4. Bröhl, A. S., Van Leeuwen, K., Pluess, M., et al. (2020). First look at the five sensory processing sensitivity subscales. Personality and Individual Differences, 157.

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